Résumé

Le projet DILEM ("déplacés et indécis livrés à eux-mêmes") est un projet de recherche-action consacré aux zones grises de l’après accident nucléaire de mars 2011 au Japon, contaminées ou soupçonnées de l’être. Il répond à un besoin urgent d’analyser une situation exceptionnelle et éphémère lorsqu’un territoire qui a été contaminé par un accident nucléaire semble pouvoir basculer, soit vers l’abandon et le confinement, soit vers la tentative de revitalisation et de réintégration. Pour aborder ces questions cruciales, en situant nos regards au niveau des populations et de leurs vécus, ce projet financé par le programme fédérateur NEEDs du CNRS [préciser les sigles] se concentre sur les questions de métrologie, de circuit d’information, de parcours individuels et de mobilisations citoyennes.

               L’ambition de DILEM est en effet de délaisser les périmètres d’évacuation, identifiés comme amplement contaminés, pour aller explorer les zones grises de l’après catastrophe et étudier la situation des gens qui doutent mais non reconnus comme victimes par les zonages, considérés hors de danger par l’État,mais qui considèrent leur environnement dangereux pour qu'ils témoignent de leur parcours, de leurs trajectoires de vie et de leurs dilemmes, jusque ici difficiles à appréhender, et pour qu’elles puissent s’approprier les résultats de cette recherche indépendante. Pour révéler la construction du risque, le projet s’appuie également sur une analyse critique des zonages et sur l’interprétation des cartographies radiologiques disponibles à différentes échelles. Le projet mobilise donc des compétences en métrologie, en physique nucléaire, en socio-anthropologie, en études de genre, en sciences politiques et en géographie, mis en œuvre par une équipe dont la majorité des membres est japonaise et rompue aux techniques d’entretiens auprès de populations fragiles, a une très bonne connaissance du terrain, dans une configuration interdisciplinaire destinée à favoriser l’objectivation des effets de la radioactivité et de l’exposition des populations.


La méthodologie s'appuie principalement sur  des entretiens longitudinaux reconduits pendant 5 ans conduits auprès d'une soixantaine de personnes, sur l’analyse critique des mesures de radioactivité, expertes ou non, des zonages et de leur évolution.